Où est partie celle que j’étais ?

Audrey little - Copie

Samedi à 2 heures du matin, en faisant du tri dans le bureau, je suis tombée sur un vieux cahier violet Clairefontaine, traîné sans attention au cours des déménagements. Au milieu des pages encore vierges se cachait un unique paragraphe, daté du 5 septembre 2008. Je venais de quitter 3 jours plus tôt une Tunisie que j’habitais depuis dix années, ma mère, ma sœur, mon copain, et je tournais littéralement en carré dans un une pièce au 4e étage d’un vieil immeuble en attendant ma première rentrée universitaire. Les quelques lignes de ce paragraphe m’ont propulsées tête la première dans l’état d’esprit où je me trouvais à cette époque et j’ai réalisé à quel point j’avais changé. Et que, surtout, ce paragraphe n’avait jamais eu de suite.

Je n’écris donc plus. Du moins, plus ce qui se cache dans ma tête. Ce blog étant un terrain de jeux dédié à la féminité, je n’y laisse que très peu de place (pour ne pas dire aucune) aux élucubrations névrotiques. Mais le fait est que j’avais tenu des journaux intimes depuis l’enfance. Les parents, les garçons, les sorties, les beaux-parents, les copines, les vilaines copines, les meilleures copines, les frères et soeurs, les premières retranscriptions de SMS, le tout toujours accompagné, en haut à droite, de la chanson que j’écoutais au moment de la rédaction… Comme des lettres écrites à soi-même ou comme écrites aux autres, comme celles que j’ai eu la surprise de lire un jour dans la table de nuit de ma maman. Tout, j’ai absolument tout noté dans des carnets cadenassés Barbie, Pokemon, Diddle, puis sur des feuilles volantes, des cahiers entiers… Tout, jusqu’à ce paragraphe du 5 septembre 2008 qui est, je le sais, la dernière trace écrite de ce feuilleton-défouloir vieux de 15 ans.

Et ces dernières années, je ne m’étais jamais posée la question de ce que ça impliquait de ne plus écrire ma vie sur du papier. Je devais avoir décidé que, désormais à l’université, seule comme une grande loin de ma famille et de mon copain tout frais, j’étais « trop vieille pour ces conneries ». J’avais échangé mon sac à dos contre un sac à main, rangé les clous de mes pantalons et troqué mes Vans pour des ballerines pour gentiment, doucement, me fondre dans la masse pour attaquer ses longues années d’études. Mais si écrire n’avait pas été juste un hobby ? Si j’avais jugé cela futile à tort quand c’était peut être un réel besoin quotidien ?

Car aujourd’hui, et depuis presque un moment maintenant, je me sens paumée dans certaines choses que j’avais au moins jusque là l’illusion de contrôler. Et je me demande si me remettre à écrire ne m’aiderait pas à remettre de l’ordre dans tout ça, dans mes idées. Tracer avec de l’encre ce qui tourne le soir sans fin dans ma tête et qui m’empêche de dormir pourrait probablement faire dégonfler cette masse absurde de pensées négatives qui s’accumulent sans répit. J’ai rien à perdre à essayer, hein ?

Aujourd’hui, l’idée est de redevenir celle que j’étais il n’y a pas si longtemps. La fille à l’éclat de rire suraiguë. La fille à qui on ne disait pas « T’as assez dormi ? T’as l’air fatiguée… » mais à qui on disait « C’est fou t’as toujours la pêche et la bonne humeur ». La fille qui ignorait tout des complexes. La fille qui était la 1ère choisie dans les équipes de sports collectifs. La fille qui adorait sa vie de toutes ses forces et qu’il était impossible de déprimer. La fille qui savait, croyait, qu’elle ne perdrait jamais cette confiance en soi. La fille dont je n’ai pas vu quand ni pourquoi elle m’a quittée.
Et j’ai commencé dès aujourd’hui.
Car je vais la retrouver.
Elle n’est qu’une voisine de la porte à côté, pas loin, mais chez qui il faut oser aller toquer.
Je lui dit à très vite.

Mais je me demande…. Si je retourne voir ma maman à Pau, trouverais-je dans le tiroir de sa table de nuit, à côté des tablettes de chocolat noir et des patchs anti-tabac, de nouvelles pensées manuscrites ?

Audrey biarritz

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15 thoughts on “Où est partie celle que j’étais ?

  1. Ce billet m’a donné envie de me plonger dans ton toi enfant de la photo en même temps que ton toi de la photo du blo à droite… une profondeur dans tes uex à aujourd’hui…je pense certainement grâce à l’écriture. Reprend là. Ce vertige intérieur comme j’aime l’appeler à un bénéfice incroyable…

  2. Bon, ça va, j’ai pas chouiné, mais ce billet est très très beau.

    Comme toi, j’ai commencé à tenirun « journal » (sur un cahier de brouillon) à peu près dès que j’ai su écrire. J’ai retrouvé il y a quelques temps celui que j’écrivais en CE1 et j’étais plutôt débrouillarde en conjugaison et grammaire… #fière

    Mais contrairement à toi, j’ai continué longtemps après l’entrée à la fac… Très longtemps… Et, comme toi là aussi, je sais EXACTEMENT quand j’ai écrit pour la dernière fois et les mots qui se trouvent sur la dernière page. J’avais rencontré Chéri la veille. La dernière phrase du dernier cahier dit « Je crois que je vais tomber amoureuse comme jamais, et je vais me laisser faire ».

    Après, j’ai jamais ressenti le besoin de reprendre ce cahier. Il est toujours au pied du lit, il n’a pas bougé, même si ce n’est plus le même lit ni le même appart. Il attend, il est là « en cas de besoin », mais comme dit une chanson de Zazie « On n’écrit pas sur ce qui ne pose pas problème » :)

    Je trouve ça bien, voir essentiel, que tu reprennes ton ancien rituel. Et je te souhaite qu’un jour le petit cahier t’attende au pied du lit et que tu n’aies plus rien à lui raconter <3

    • C’est fou que tu aies aussi arrêté au moment où tu te mettais avec ton homme ! Peut être que, devenus nos confidents quotidiens, ils ont peu à peu pris la place du journal intime… même si on parlait forcément d’eux sur le papier ! Mais y’a certains trucs dont j’ai assez de me plaindre auprès de lui, et tout n’est peut être pas bon à dire, à porter… Elle est très juste la phrase de Zazie, c’est pour ça que je m’étais mise en tête que tout allait bien si je n’écrivais pas… Mais les longues nuits à tourner sur l’oreiller sont pas innocentes ^^
      Demain, je pars à la recherche du nouveau carnet, j’ai passé l’âge des Diddle :p
      <3

  3. Je me retrouve également dans tout ce que tu écris, j’ai également été adepte des journaux intimes, que je possède par dizaines…. Et j’adore me replonger dedans, ainsi que dans les échanges épistolaires de l’époque, histoire d’apprécier le chemin parcouru ^^. Je ne sais pas si je voudrais retrouver la personne que j’étais… Mais j’adorerais retrouver des fragments de ces époques révolues ! :)
    Chouette article en tout cas et plume au top comme d’hab’, tu devrais faire plus souvent des billets « humeurs »
    Des bisous ma belle

    • Tu as de la chance de tous les avoir ! Il m’en reste qu’un retrouvé par hasard et mon dieu que c’est drôle de relire tout ça, quand l’importance de ta vie se joue dans une cour de récré haha !
      Plein de bisous !

  4. J’ai retrouvé mes carnets lors de mon dernier séjour chez mes parents. Ils étaient dans le même tiroir. Je ne les ai pas ouverts de peur de raviver certaines choses. L’écriture m’a souvent aidé à alléger ma peine. J’ai cessé de remplir des carnets lorsque j’ai quitté la maison et que j’ai décidé d’avancer. Je les ai laissé derrière moi et aujourd’hui je n’écris plus. J’avoue que ça me manque. Et puis on peut aussi écrire pour se rappeler le meilleur ^^

    C’était un très bel article en tout cas et je te souhaite de belles retrouvailles :)

    • Un parcours très ressemblant ! Le meilleur comme le pire, j’écrivais tout ! Car c’est fou tout les détails qu’on peut oublier ;)
      Peut être t’y remettras tu aussi ?
      Bonne nuit ;)

  5. Comme je te comprends, cette possibilité de coucher ses sentiments et ses états d’âmes sur le papier à un étonnant pouvoir libérateur. Je m’y adonne de manière épisodique mais cela me permet de l’ordre dans ma tête et d’exprimer parfois des choses enfouies. Bonne chance dans ta quête!

  6. J’ai commencé à écrire pour moi quand je suis partie plusieurs mois à l’étranger, et depuis j’ai plus ou moins gardé cette habitude. Ecrire permet de noter tout ce qu’on a ressenti, d’analyser, de pouvoir prendre du recul, de canaliser ses angoisses, ses peurs et surtout de s’exprimer, et ça me fait du bien. Donc oui écrire t’aiderait à remettre de l’ordre dans des idées, non tu n’as rien à perdre, c’est une bonne idée :)

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